Mercredi 28 mars 2007 3 28 /03 /Mars /2007 15:07
Comment présenter Mononc’Serge ?
C’est un cousin, un cousin du Québec... un chanteur, bassiste d’origine.
Dans un autre article (Québec, vous avez dit Québec ? où la plupart des groupes cités sont venus en France depuis l'été dernier ou vont venir d'ici cet été, soit dit en passant ^^), il était présenté ainsi :
« Mononc’ Serge : il faisait partie des Colocs mais sa musique est beaucoup plus trash, du rock avec des paroles parfois engagées, souvent satyriques et des clips à la south park. Il appuie là où ça fait mal, ses chansons sont parfois des petites chroniques d’actualité (Mononc’ Serge chante ’97, Mononc’ Serge chante ’98), c’est habilement écrit…Il développe ses concerts sous différentes formes, allant de seul à la guitare sèche à accompagner d’un groupe de métal… Il est à la musique ce que Dupontel est au cinéma : du trash burlesque ».



Engagé Mononc’ ? A l’instar d’un Jean-Pierre Pernaud peut-être, il présente (présentait) en queque sorte l’actualité en chanson et le choix de la ligne éditorialiste n’est pas neutre… La comparaison avec Dupontel est semble-t-il plus adéquate : il n’est pas engagé dans le sens militant mais pas indifférent non. Il divertit en choquant. Après tout, le rire est la seule façon de frôler la lucidité sans tomber dedans comme disait Pierre (pas l’égaré, celui des proges).

Serge Robert tire un peu sur tout ce qui bouge (les hippies, Noël, Maman Dion, les centres commerciaux, les cérémonies, les fédéralistes,…) sans oublier de tirer son coup (Fourrer, Simone, Anne), c’est comme ça qu’il en tire parti. La finesse de sa poésie virile tourne autour d’éléments vitaux : de la sueur, du sexe et de la bière. Il pousse à l’extrême, au plus profond de lui-même d’où un humour parfois scatologique. Il aime cette matière première qui est le fruit mais aussi le déchet de la vie, et laisse parfois des traces. Les chansons et interventions de Mononc’ Serge ont donc souvent un mauvais goût, une acidité qui lui fait péter le feu en concert.
Bref, c’est écœurant et on en redemande.

Petite entrevue pour contribuer donc à cette présentation suite à son concert à Bures-sur-Yvette.

Après le concert là, j’entendais pas mal de gens qui te comparaient à Didier Wampas….
Je l’ai jamais vu en concert, je connais ce qu’il fait, un peu, mais mon agent est un admirateur des Wampas depuis des années, puis il m’a fait le parallèle aussi… enfin quand je fais des bons concerts il me dit ça ressemble aux Wampas, sinon il me dit rien. J’ai entendu dire que c’était un groupe de scène imbattable puis quand les gens font des parallèles avec lui je trouve ça plutôt flatteur.

Pour commencer, peux-tu présenter ton parcours musical ?
(ndlr : suite à un problème d’enregistrement, le début de la réponse est retranscrit de mémoire donc assez approximatif…)

Les gens ont commencé à me connaître dans les années 90, je faisais partie d’un groupe qui s’appelait « les Colocs ». Puis j’ai décidé de partir en solo. J’ai travaillé dans une radio où je faisais des chansons qui parlaient de thème d’actualité. (ndlr : on reprend la retranscription)
Dans ces chroniques là, j’ai développé un humour assez mordant, assez agressif, caustique, je prenais souvent comme têtes de turc des personnalités publiques assez en vue, des gens importants dans le showbiz québécois comme Luc Plamondon, Céline Dion, Jacques Villeneuve. Et puis alors que c’était très très marginal ce que je présentais à la radio, c’est ce qui m’a valu de faire mes premiers disques. Je faisais ces chroniques avant d’avoir un contrat de disque puis un jour il y a quelqu’un qui a entendu ça et il m’a proposé de faire un album. C’est comme ça que j’ai commencé à faire des disques. De fil en aiguille, j’ai continué à développer cet humour assez agressif. Mais au début, mon son était plus acoustique. Il y a un chanteur québécois qui m’a beaucoup influencé qui s’appelle Plume Latraverse, et ça ressemblait beaucoup à ce qu’il faisait et qu’il fait encore. Au tournant des années 1999-2000-2001, j’ai vraiment développé un son plus heavy, plus métal, et ça m’a conduit à faire carrément un album métal en 2003 avec un groupe québécois qui s’appelle Anonymus, et c’est l’album qui a connu le plus de succès. Et là, depuis un an, je suis revenu à ma formule plus traditionnelle où je fais beaucoup de chansons assez distortionnées, heavy comme j’ai présenté ce soir mais c’est toujours entremêlé de chansons plus traditionnelles, moins rock.

Et pourquoi être venu en France ?
Je suis venu ici pour toutes sortes de raisons, parce que ça fait dix quinze ans que je tourne au Québec, puis c’est pas très grand le Québec, à un moment donné je commençais à en voir fait le tour, je retourne toujours dans les mêmes villes, j’adore tourner au Québec mais pour moi, venir ici c’est vraiment excitant, j’avais vraiment envie de venir et puis Damien Iozzia de Guerilla Asso m’a proposé en automne dernier d’organiser une tournée. J’ai accepté et c’est pourquoi je suis ici aujourd’hui. Ce n’est pas plus compliqué que ça, je n’ai pas de plan très précis pour l’avenir. C’est le 6e concert qu’on présente et ça va toujours très bien, en tous cas moi je considère que ce soir ça a très bien été et les autres soirs ça ressemblait assez à ça. Je suis agréablement surpris de l’accueil du public, je m’attendais à ce les Français soient un peu réticents…

Il y a une différence de public entre la France et le Québec ?
Pas tant que ça, c’est ce qui m’a surpris en fait. Moi, même au Québec je passe pour quelqu’un de très très québécois, ma façon d’écrire est assez proche du langage parlé, il y a beaucoup d’argot québécois dans mes chansons. Et je me suis dit que ça va peut être effaroucher le public français puis à date ça passe très bien. Il faut dire aussi qu’il y a beaucoup de Français qui viennent me voir qui connaissent déjà mes chansons même si je ne suis pas distribué en France. Ils ont connu par internet ou alors ils sont déjà venus au Québec ou je sais pas trop comment ils m’ont connu mais je suis quand même un petit peu connu ici, c’est très très très très marginal mais j’ai quand même une poignée de supporters assez fidèle que je constate, parce que j’ai joué à Paris avant-hier, je joue ici (ndlr : Bures-sur-Yvette, Essonne) ce soir et il y avait au moins une quinzaine de personnes qui étaient au deux concerts qui se sont manifestées, alors ça me fait plaisir de voir une petite petite base mais c’est quand même un bon début. Quand je suis susceptible d’intéresser quelques personnes ici, c’est déjà encourageant.

Il y a certaines de tes chansons qui sont passés en français de France, en tous cas j’en ai entendues trois… (ndlr : « Fourrer » transformée en « Niquer », « les Bed’n Breakfast » en « Les Gîtes Ruraux » et « Noël est un jour comme les autres »)
 Oui. J’en ai faite trois. J’ai renoncé à ça. Sur Guerilla Asso j’ai fait paraître une compilation qui s’appelle « L’ombre de l’Oncle » et j’ai jonglé avec la possibilité d’adapter quelques chansons, je n’aurai pas fait ça pour toutes les chansons, peut être quatre morceaux en français vraiment compréhensible totalement pour des Français. Puis j’ai renoncé à çà parce que en fait ça amusait plus les Québécois que les Français. Il y a beaucoup de Français qui aiment ce que je fais en partie parce qu’ils aiment l’accent québécois, tout mon côté très très local, et puis quand j’enlève ça, ça les déçoit que l’accent ne soit plus là.
Puis il y a une autre chose aussi, c’est que les réalités dont je parle ne sont pas nécessairement transposables à la France. Par exemple la chanson sur Noël, je parle de la messe de minuit, les soldes après Noël, c’est des choses qui ont beaucoup plus d’ampleur au Québec, alors quand j’en parle en français standard ou français de France là, ça perd sa pertinence. Je parle de réalités qui sont proprement québécoises, même si elles existent aussi en France, elles n’existent pas à la même échelle. Au Québec, tout le monde est allé à la messe de minuit, c’est une pratique très très répandue, les soldes après Noël, c’est très très important, le lendemain de Noël les gens vont au magasin une heure ou deux avant l’ouverture pis c’est la ruée, c’est vraiment quelque chose d’assez frénétique alors qu’ici, c’est pas ça du tout. Alors si je parle de ça en français de France, ça n’a pas de résonance.
Et puis je ne maîtrise pas non plus assez bien les petites nuances entre les termes, quelqu’un me dit « chiant » c’est un terme plus fort que « naze », je sais à peu près ce que veulent dire les deux termes mais je ne sais pas quel terme est plus fort que l’autre, je ne sais pas ce qui est amusant de dire dans un contexte x y, je ne maîtrise pas assez le langage d’ici pour écrire des choses qui seraient fortes. Alors je préfère rester en terrain connu, quitte à ce que ce soit un peu moins compréhensible. Mais dans le livret de parole qui accompagne le disque, j’ai ajouté un lexique où j’explique les termes qui pourraient être difficilement compréhensibles pour des Français.
Puis il y a beaucoup de Français qui m’ont dit tes chansons sont quand même très compréhensible, il y a même quelqu’un qui m’a écrit : « tes chansons sont plus faciles à comprendre que celles de Brassens », donc j’ai dit bon, peut être que je m’en fais pour rien. Donc finalement ça a abouti à un album avec des chansons telles qu’on peut les retrouver sur mes albums en vente au Québec avec seulement un lexique qui accompagne pour permettre aux gens de comprendre un peu plus.

Vu que tu as commencé par des chroniques d’actualité, tu t’intéresses un peu à l’actualité en France ? Enfin aux élections surtout…
Je n’ai pas vraiment eu le temps de m’intéresser à ça. Je sais un peu les grandes lignes, je connais Sarkozy, Ségolène et compagnie mais je trouverai ça un peu prétentieux de ma part de commenter ça parce que je suis ça de très loin. Evidemment on en a un peu des échos au Québec, les actualités du Québec couvrent quand même ce qui se passe en France mais pas assez pour que je puisse me prononcer sur ce qui se passe ici.

(s’en suit une petite présentation sur les élections à venir au Québec « pas très pertinente dans le cadre d’une entrevue sur Mononc’ Serge », ainsi qu’une réflexion sur la possibilité et la nécessité (ou pas) de l’indépendance du Québec)


Tu te considères comme un chanteur engagé ?
Pas tellement, j’ai jamais fait de la musique pour l’amélioration de la société moi je fais ça pour m’amuser. C’est sûr que j’ai un intérêt pour la politique, pour l’histoire et que ça paraît dans mes chansons mais quand j’écris une chanson, je ne m’occupe pas tellement de faire avancer ou promouvoir des causes. Des fois j’exprime ma sympathie pour telle ou telle cause mais en même temps, j’ai de la difficulté à me considérer comme chanteur engagé parce que je ne le fais pas pour ça. En fait c’est un peu accidentel que je me retrouve souvent avec l’étiquette chanteur engagé, j’ai même écrit une chanson qui s’appelle « chanteur engagé mon cul » parce qu’à la longue, ça m’agaçait de me faire qualifier de chanteur engagé. Peut être que je suis un chanteur engagé de facto mais ce n’est pas le but premier, surtout mes prochaines chansons là, probablement que mes prochains disques ça va être quelque chose de pas mal plus décadent au niveau des textes que ce que j’ai fait à date, quelque chose de plus écervelé, j’ai envie de faire quelque chose de vraiment plus débile, j’ai pas envie que les gens me disent : oh c’est un chanteur engagé et il fait des chansons sur la nécrophilie, sur ci, sur ça. Ecoute, je m’amuse là, je ne pense pas que la fonction de l’art c’est de faire avancer des causes, enfin moi je ne le vois pas comme ça.

Photos et vidéos du concert à venir...
Par solyluna - Publié dans : Interviews
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