Bénabar, artiste de métier

Publié le par solyluna

Bénabar est un parolier talentueux. On sent dans la manière de tourner ses textes son passé cinématographique (il a en effet réalisé quelques courts métrages, travaillé sur des épisodes de la série H). Il sait manier avec justesse l’humour pour décrire la société et les comportements des individus. Il raconte des scènes de vie apparemment banales avec brio pour en faire des petits bijoux de cynisme décapant.

Prenons l’exemple de « Porcelaine » : ça pourrait être une histoire à l’eau de rose, basique, une fille qui multiplie les histoires compliquées (un homme marié, un violent, un macho, un artiste, un drogué, lui) et ça se transforme toujours en échecs sentimentaux. Bref, c’est auprès de son psy qu’elle trouve de l’écoute et va donc naturellement tomber amoureuse. Là on se dit, c’est beau, c’est magnifique, c’est émouvant, on s’emballe, on veut y croire (et elle aussi) mais non…ce psy a des penchants sado-maso…ça casse tout le rêve de l’amour candide et tendre que cherche cette jeune femme. Retournement de situation au cours de la chanson qui permet de retrouver la situation de départ (« ya pas forcément de prince charmant derrière tous les crapauds »), construction assez classique en cinéma.
Autre exemple, autre construction dans la chanson inédite « le psychopathe ». Là, on part de la situation actuelle, un homme se retrouve à la porte et il supplie sa copine de lui ouvrir. Au fur et à mesure de la chanson, à travers des retours en arrière, on comprend petit à petit pourquoi il est arrivé à une telle situation : il a trompé sa copine (qu’est-ce qui m’a pris de scier la branche ou j’étais assis, un moment d’absence, moment d’absence, blonde et très jolie (…) ouvre-moi chérie). Il essaie de se faire pardonner mais à travers les explications qu’il donne, on saisit mieux la complexité de la situation : le « moment d’absence » en question était en fait la sœur de sa copine (« cette fille là, elle compte pas pour moi, c’est une fille facile, une aguicheuse, une briseuse de couple, une menthe religieuse….d’accord j’arrête d’insulter ta sœur ») qu’il a fini par découper à la tronçonneuse (qu’est-ce qui m’a pris de scier cette fille, un moment d’absence, moment d’absence, blonde et très jolie). Construction en flash back classique aussi.

Mais en plus de scénariser ses chansons, on pourrait dire tout simplement que c’est un fin observateur. Il décrit les comportements sociaux, en accentuant les traits. Voilà pourquoi on peut aussi voir en ses chansons un travail sociologique, la matière première des sociologues étant l’observation de leurs contemporains. Et qui ne s’est pas reconnu dans une des chansons de Bénabar ? Par ailleurs, la chanson « Majorette » n’est-elle pas une illustration du processus de stigmatisation énoncé par Erwing Goffman ?
Le personnage dans cette chanson, membre d’une fanfare, est apparemment considéré comme anormal (« d’habitude on me moque alors j’aime bien qu’on me confonde avec le fils du notaire, le gérant de l’épicerie, moi j’ramasse les feuilles pour la mairie »). Or la stigmatisation a été décrite par Erwing Goffman comme un processus de discréditation qui touche un individu considéré comme «anormal», «déviant». Il devient alors réduit à cette caractéristique dans le regard des autres (« le bon à rien qui a pas toute sa tête »). Cette «étiquette» justifie une série de discriminations sociales, voire d’exclusion (« parce que dans ma tête il y a un truc qui va pas, la patrie et Nadège, ils veulent pas de moi »). Le stigmatisé se construit alors en fonction de ces rejets en développant une dépréciation personnelle altérant l’image de soi et légitimant ces jugements négatifs de façon irréversible le plus souvent.
Autrement dit, étant catalogué bon à rien, il va agir comme tel et justifier son étiquette : « d’ailleurs je m’en fous de tout (…)je voudrai tous qu’ils crèvent (…) je vais faire des fausses notes, (…) leur gâcher la parade, leur casser les oreilles, je suis bon à rien la preuve, je ramasse des feuilles mortes ».

Bref, tout ça pour trouver des excuses pseudo intellectuelles au fait que non, Bénabar ce n’est pas qu’un simple gars bien habillé qui utilise une recette peu originale mais efficace consistant à rabâcher un même thème, les déboires de la vie (de couple), avec humour (ou cynisme) pour séduire la gente féminine…car "Bénabar, son truc, c’est plutôt la chanson".

Publié dans Dossiers

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layla-misryia (future audencienne) 15/07/2007 21:07

j'adooore la pub :)
ah, bénabar, sympa comme tout ce p'tit !